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PHARE » Projets de recherche » Economie, littérature et fictions

Histoire des théories économiques de la justice, au carrefour du politique et de la morale

 

Suite à la publication en deux éditions des Choix collectifs et préférences individuelles (1951-1963), les débats contemporains autour des théories de la justice ont été ravivés par Rawls (Théorie de la justice, 1971), Hayek (Droit Législation et liberté, 1973-1979) et Sen (Equality of what ? 1979), suscitant un regain d’intérêt pour l’histoire des théories économiques de la justice. Durant la décennie 1990 en France, alors que les chercheurs se familiarisaient avec ces théories nouvelles, et que Fleurbaey écrivait Théories économiques de la justice (1996), l’édition des œuvres complètes de Léon Walras permettait de redécouvrir l’économie sociale de Walras, sa théorie de la justice et sa synthèse de conciliation avec l’« utile ». En 20 ans, Rawls, Hayek et Sen ont pris leur place dans l’histoire de la pensée économique en tant que penseurs, mais aussi en tant que lecteurs, souvent très discutables, des économistes, philosophes ou juristes qui ont contribué à l’économie politique : Smith, bien sûr, mais aussi les utilitaristes, Bentham, John Stuart Mill et Sidgwick. La concomitance de ces événements a encouragé, depuis vingt ans, une multitude de recherches, publications, colloques et journées d’étude sur la justice en histoire de la pensée économique : plusieurs journées d’étude de l’ACGEPE (Association Charles Gide pour l’Etude de la pensée économique), en 2004 (Université du Littoral Côte d’Opale), 2006 (Université d’Aix-Marseille II) et en 2011 (Université de Toulouse) ou le colloque annuel de l’ESHET (European Society for the History of Economic Thought) en 2005 (Strasbourg) se sont ainsi penchés sur les théories de la justice ; un colloque organisé par le CLERSE à Lille, avec le soutien de l’ACGEPE s’est consacré à « Pauvreté et misère dans l’histoire de la pensée économique », en 2008 et un autre à la « philosophie économique » (2012), etc. Les revues ont participé à ce mouvement avec, par exemple, la publication par les Cahiers d’économie politique d’un numéro consacré à Rousseau (2007 : « Rousseau philosophie et économie) ou celle d’un numéro sur « Hayek et la philosophie économique » en 2000, par la Revue de philosophie économique.

Economie, littérature et fictions

       Le projet « pensée économique et formes littéraires  » est  décliné à travers deux axes :

 

       Le premier axe, « Théories économiques et discours littéraires », concerne les objets communs présents dans les théories économiques et les textes littéraires. Les thèmes étudiés dans cet axe ont évolué au cours du quinquennal et sont amenés à évoluer à nouveau, dans trois directions :

 

 

1.A. La première direction porte sur le  thème des valeurs : quelle place occupent les valeurs économiques, esthétiques, morales ou sociales dans les pensées économiques et dans les textes littéraires ? Comment sont-elles mises en question et négociées ? Comment entrent-elles en conflit ou s’articulent-elles les unes aux autres ? Cette direction rejoint certaines questions de philosophie morale étudiées dans d’autres axes. Au début de ce programme, une question précise doit être spécifiée dans le prolongement du travail entrepris sur les valeurs, revivifiée par des travaux récents en économie. Il s’agit de mobiliser les auteurs anciens qui l’ont posée, les approches récentes et les récits littéraires qui la mettent en scène. Trois propositions, non exclusives les unes des autres, ont commencé à être discutées avec nos partenaires nationaux et internationaux, en particulier lors du colloque de Mannheim (juin 2017) :

 

 

i) Questionner les valeurs sous l’angle de l’économie de l’identité (Akerlof et Kranton 2000, Davis 2011) : 

 

       Au-delà de l’hypothèse selon laquelle la littérature offrirait des illustrations de l’importance de l’identité dans les choix et les trajectoires des individus, on s’attache ici à étudier les monologues intérieurs des récits littéraires, en ce qu’ils sont l’occasion de faire apparaitre l’évaluation changeante que font les personnages de leur identité personnelle. 

 

 

ii) Le genre :

 

       Les auteurs féminins ou les textes mettant en scène des personnages féminins, apportent-ils un éclairage nouveau sur la définition de l’identité et des valeurs qui la constituent ? C’est l’hypothèse de Bourdieu (1998) dans sa lecture de La Promenade au phare de Virginia Woolf. Sa pertinence en économie peut être débattue à partir des travaux actuels des membres de PHARE (L. Bréban, C. Pignol, H. Pignot, N. Sigot) portant sur l’économie du genre et/ou les auteurs féminins des textes de la littérature narrative.

 

 

iii) L’envie :

 

      L’identité s’établit dans la comparaison et soulève par-là la question de l’envie. La notion d’envie, à l’intersection de la pensée économique et de la philosophie morale, peut-elle s’appréhender différemment à travers les œuvres littéraires  (par exemple, Balzac, Stendhal, ou plus récemment Alexievich) ? 

 

 

 

1.B. La deuxième direction concerne l’épistémologie de la pensée économique et conduit à se demander : quelles sont les fictions théoriques mobilisées par la pensée économique et sur quelle épistémologie s’appuient-elles ?

 

       Il s’agit donc de questionner le type de fictionnalisation à l’œuvre dans les fictions mobilisées dans la pensée économique (abstraction inductive, expériences de pensée rationalistes, organisation de la pensée, empirisme de la genèse etc.), en collaboration notamment avec les philosophes.

 

 

1. C. La troisième direction consiste à étendre le champ de la réflexion à d’autres expressions ou représentations de l’économie, motivant par exemple, l’adhésion de PHARE au projet consacré à l’économie dans les musées. Ce projet, qui a obtenu un financement au titre de la politique scientifique de Paris 1, prévoit de réunir une équipe de chercheurs internationale et pluridisciplinaire, associant des spécialistes de l’économie, des images et des expositions, mais aussi des praticiens des musées. Son objectif est d’écrire collectivement la première histoire mondiale de l’économie exposée, depuis le 19e siècle jusqu’à aujourd’hui, afin de comprendre comment l’économie s’est dotée d’une dimension visuelle. PHARE s’est associé à ce projet, car l’un de ses enjeux est de comprendre la représentation de l’économie véhiculée par ces musées, en resituant chaque création de musée ou d’exposition d’économie dans son contexte, économique, social et intellectuel.

 

 

      Le second axe du projet portait sur les problèmes méthodologiques partagés par les deux disciplines, relatifs à la traduction, la diffusion et la réception des textes, qu’ils soient économiques ou littéraires. Ainsi qu’indiqué plus haut, les recherches effectuées à cette occasion commencent à être publiées, mais ce sous-thème n’est plus actif en tant que tel : l’idée de le prolonger au travers d’un second projet européen, qui élargirait la période considérée et introduirait une perspective comparative, a pour l’instant été provisoirement repoussée.  

 

 

Présentation du projet de recherche en cours : 

 

       La représentation des faits et des idées économiques dans la littérature suscite l’intérêt des chercheurs en philosophie et en littérature : plusieurs spécialistes de ces domaines participent d’ores et déjà aux projets que nous organisons (séminaires, colloques, publications). Le projet se développera de manière à insérer davantage d’économistes. Pour cela, nous choisirons, en accord avec nos partenaires nationaux et internationaux, un thème situé à l’intersection de la théorie économique et de la philosophie morale, dans le prolongement de nos travaux sur les valeurs. Trois thèmes sont à l’étude, qui peuvent s’articuler : l’identité / le genre / l’envie (voir ci-dessus).

 

 

       Mais la notion de fiction déborde le champ de la littérature narrative et l’évolution du projet depuis 2015 nous a amenés à questionner les fictions épistémologiques mobilisées par la pensée économique. Depuis l’origine de la discipline jusqu’à ses développements récents, les économistes – comme les philosophes de la politique et de la morale – construisent des mondes imaginaires à partir desquels ils analysent le monde réel. Quels sont les statuts épistémologiques de ces fictions théoriques ? De quelle manière s’articulent-elles aux faits ? Comment se répondent-elles ? Ce travail associera étroitement économistes et épistémologues.

 

 

       Enfin, les représentations de l’économie à l’œuvre dans les arts peuvent elles aussi questionner les représentations issues de la science économique. Il s’agira notamment de comprendre comment l'économie est entrée au musée, depuis le 19e siècle jusqu’à aujourd’hui, suscitant la production de formes visuelles, didactiques et spatiales originales et amenant des collaborations entre économistes et artistes, designers, graphistes, photographes. Il s'agirait d’explorer l’histoire de la mise en exposition de l’économie, à travers des études de cas et des perspectives transversales, pour comprendre ses enjeux scientifiques, idéologiques mais aussi artistiques et muséographiques.

 

 

Modalités de mise en œuvre :

 

En ce qui concerne les fictions narratives de l’économie, il s’agira : 

de poursuivre le Séminaire économie et fictions au XVIIIe siècle ;

de monter un projet franco-allemand ANR-DFG dans le prolongement du colloque sur la valeur qui a eu lieu à Mannheim, en juin 2017 ;

d’organiser un colloque sur le thème de l’envie (Cyril Selzner et Claire Pignol).

En ce qui concerne, cette fois, les fictions épistémologiques, il s’agira : 

de mettre en place des collaborations avec des historiens de la philosophie sur l’épistémologie de l’économie, notamment ceux qui participent à l’organisation de l’Atelier sur les faits au XVIIIe siècle (ISJPS, en particulier sa composante PhiCo, Université Paris 1) 

de proposer des sessions dans les colloques nationaux et internationaux, en y associant des économistes et des philosophes hors de PHARE.

de faire aboutir le projet de numéro spécial de revue à partir des Journées d’étude Charles Gide 2015, sur les fictions en économie (numéro coordonné par Laurie Bréban).

     Enfin, pour ce qui concerne les représentations de l’économie dans d’autres domaines que la littérature, il s’agira notamment de participer au programme de recherche initié par une historienne de l’art de l’université Paris 1 et consacré à "l’économie au musée". Le rôle de PHARE consistera, entre autres, à comprendre la représentation de l’économie qui est en jeu en resituant chaque création de musée ou d’exposition d’économie dans son contexte précis (l’actualité économique de l’époque, mais aussi et surtout, un certain état de la pensée et des débats économiques).

Responsable du projet :

Claire Pignol

 

Informations et contact :

Opens window for sending emailClaire Pignol

 

Membres statutaires du projet :

Laurie Bréban

Jean Dellemotte

Laurent Jaffro

Sophie Jallais

Hélène Pignot

Nathalie Sigot

 

Chercheurs associés du projet :

Daniel Diatkine

Julie Ferrand

Alexandre Reichart

 

Doctorants du projet :

Julia Defendini

Jérême Lange

Bingjing Liu

Thiago Vargas Azevedo