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PHARE » Projets de recherche » Crises et institutions : de l'économie politique à la macro-économie

 

Qu’a-t-on appris sur les crises en macroéconomie depuis Adam Smith ? Crises, anticipations et instabilité

 

La crise financière globale ouverte en 2007 a suscité un regain d’intérêt aussi bien pour l’histoire des crises passées que pour les théories du cycle et des crises qui les ont accompagnées avant 1914. Se sont ainsi trouvés réactivés des débats aussi anciens que les crises elles-mêmes. On en retiendra deux :

 

- Les crises récurrentes sont-elles des moments dans des fluctuations cycliques plus ou moins régulières relevant d’une dynamique commune, ou bien s’agit-il d’évènements singuliers ?

 

- Quels sont les poids respectifs des facteurs réels et monétaires dans le déclenchement de ces crises ?

 

Parmi les crises du passé qui suscitent l’intérêt, certaines ont marqué des tournants de l’histoire économique et sociale. On songera en particulier à la crise de 1772, à celle de 1847-1848, à la « longue dépression » de 1873-1896, et bien sûr à la « grande crise » des années 1930.

 

En effet, le regain d'instabilité financière constaté dans les années 1982-2007, voire 1971-2007, évoque la situation de l’économie mondiale dans les des années 1873-1907. La comparaison s’impose également avec la « Grande Crise » des années 1930

 

A partir de là, ce projet s’articule autour de cinq axes. Le premier a trait à la crise de 1772 et aux premières analyses qu’elle a suscitées. Le deuxième concerne le développement des théories des crises de Marx et de Hilferding. Le troisième a trait aux théories des anticipations inspirées de la grande dépression de 1929. Le quatrième concerne les théories des crises du courant de la synthèse néoclassique. Le cinquième, enfin, aux théories des crises d’inspiration monétariste. Chacun de ces axes correspond a une dominante dans les travaux individuels, mais on attend de l’accent commun mis sur les crises un dialogue entre les chercheurs impliqués, débouchant sur une analyse originale des crises.

Crises et institutions : de l'économie politique à la macro-économie

       Le projet de recherche « Crises et institutions : de l’économie politique à la macroéconomie » représente un renouvellement du programme scientifique et témoigne de la manière dont nos projets sont amenés à évoluer afin de permettre à chacun, quel que soit son statut, d’inscrire pleinement ses recherches dans un collectif. Il s’articule autour de deux thèmes :

 

 

[A] Le premier consiste à analyser la macro-économie par rapport à l’économie politique afin notamment de cerner et de dater l’émergence de la première. Cela implique de remonter au moins au 18ème siècle, période que l’on considère généralement comme celle de l’émergence de l’économie politique et dans laquelle les thèmes classiques de la monnaie, de la valeur et de la répartition sont imbriquées dans des considérations qui relèvent de la philosophie de l’histoire, de la philosophie politique et morale comme en témoigne l’analyse de David Hume, d’Adam Smith et de Dugald Stewart. 

       Au début du 20e siècle, alors que les marginalistes ont déjà enterré l’économie politique (Political Economy) en donnant naissance à l’économie (economics), on peut se demander si la macro-économie ne naît pas avec des auteurs tels que Knut Wicksell en Suède, ou quelques années plus tard, avec Ragnar Frisch en Norvège, qui ambitionnent de revisiter les questions fondamentales de l’économie politique. 

 

 

      Cette volonté de renouveler l’économie politique pousserait ces auteurs à développer de nouveaux outils pour penser l’analyse économique (par exemple la dynamique et l’introduction du temps, la fin de la dichotomie entre sphère réelle et sphère monétaire) qui les conduiraient à adopter et à délimiter une nouvelle perspective, la macro-économie. Ce sous-axe cherche à comprendre dans quelle mesure cette ambition scandinave de penser une nouvelle économie politique sera, dès les années 1930, au fondement de la distinction entre micro-économie et macro-économie qui structure la science économique contemporaine. 

 

 

       Cette ambition invite à se pencher en premier lieu sur la manière dont différents courants macro-économiques se sont appropriés certaines questions de l'économie politique, notamment celles portant sur la coordination et la répartition, mais également celles relatives à l'équilibre et au déséquilibre. Ces dernières imposent d’examiner la manière dont les différents courants théoriques de la macro-économie ont redéfini la nature et la place de la monnaie et de la finance dans l’échange, et plus largement dans le circuit économique. 

 

 

 

       En second lieu, il est essentiel de comprendre et d’analyser la dimension normative, portée par l’ambition de Keynes, Frisch, et Tinbergen, consistant à proposer de nouvelles analyses et méthodes : dans quelle mesure la genèse et le développement des crises et des cycles sont motivés par une volonté politique et/ou sociale, ou si l’analyse renouvelée des crises pousse les macro-économistes à franchir le pas et à s’orienter vers la définition et la mise en oeuvre des politiques économiques ?

 

 

       Michel De Vroey a mis l'accent sur l'opposition entre une tradition walrassienne et une tradition marshallienne en macro-économie. Mais ce clivage peut-il épuiser la question ? Historiquement, les macro-économistes ont accordé beaucoup d'importance à la théorie walrassienne comme cadre de référence des années 1940 jusqu’aux années 1970. Cette référence était alors critiquée à l'intérieur comme à l'extérieur du mainstream. Mais quel était son poids ? Quel a été son effet sur le développement de la macro-économie ?

 

 

       Il est ainsi important de saisir comment et à quel point, depuis les années 1930, les différentes branches de l'analyse macro-économique se sont progressivement éloignées des questions pourtant souvent considérées comme le point de départ des théories macro-économiques, en particulier les questions relatives aux cycles, aux crises, aux déséquilibres, et au rationnement (notamment celui du crédit). Notre hypothèse est que la question des cycles a été structurante lors de l’essor de la macro-économie dans l’entre-deux-guerres, puis au cours de son développement après la seconde guerre mondiale, permettant aux économistes, à l’instar de Joan Robinson, de donner une nouvelle définition du capital liée au temps. Dans le prolongement de cette recherche, les formes et la nature de l'autonomisation de la macro-économie sont mises en relation avec les tentatives dès les années 1930 de donner des fondements micro-économiques à la macro-économie, grâce à des questionnements théoriques propres.

 

 

[B] Suite à la crise de 2008, l’incapacité des modèles macro-économiques les plus en vogue à rendre compte de la crise financière, notamment parce qu’ils n'accordaient pas de place aux intermédiaires financiers, est apparue clairement. Ce constat conduit à s'interroger sur la place accordée aux banques par la macro-économie, et ce, depuis ses origines. Un trait marquant de la révolution keynésienne est en effet l'émergence d'un modèle sans banque (le modèle IS-LM), alors même que dans les années 1920 et 1930, les théories du cycle accordaient une importance significative aux banques et aux fluctuations du crédit. Comment les macro-économistes, s’appuyant sur ce modèle sans banques, se sont-ils adaptés lorsqu'ils sont devenus les conseillers des grandes banques centrales? 

 

       Comprendre l’ancrage de la macro-économie dans l’analyse des cycles et du déséquilibre permet d’examiner les moments et les conditions du passage d’une macro-économie comme développement de l'économie politique à une macro-économie comme justification et fondement de la politique économique. Cette recherche repose sur la compréhension des fondements théoriques, mais également politiques et normatifs, justifiant le passage de l'analyse des phénomènes structurants de la sphère économique à l'intervention des autorités dans celle-ci. Il s'agit par conséquent d'interroger les normes de scientificité et les normes d'action signifiées par les différents acteurs de l'histoire de la macro-économie, qu'ils soient issus du secteur académique ou du secteur administratif (organisations internationales et nationales).

 

 

       Cette tension entre des ambitions analytiques et des ambitions politiques a donné lieu à de nombreux débats entre macro-économistes et macro-économètres autour de la relation au réel d’une part, et de la nature et la fonction des modèles (mathématiques, statistiques, économétriques ou littéraires) d’autre part. Analyser cette tension entre les dimensions objectives et normatives de la macro-économie revient à examiner les développements empiriques de la macroéconomie réalisés par les institutions académiques et administratives, soit dans un cadre coopératif lors de missions d’expertise ou de mise en œuvre des politiques économiques, soit en complète autonomie. Afin de comprendre la capacité (et/ou l’incapacité) à produire de l'objectivité et à garantir la neutralité de l'analyse et des recommandations économiques, il convient d’étudier l'histoire des institutions (Universités, organisme du Plan ou Ministère de l’Economie, Fonds monétaire international, Banque mondiale, OCDE, CEPAL, etc.) au sein desquelles la discipline se développe. 

 

 

       Ces deux sous-axes, la macroéconomie comme économie politique d’une part et la macroéonomie comme politique économique d’autre part, soulèvent la question du « rapport à l'empirie », lors de la formulation d’analyses et de recommandations économiques. Ainsi, dans le cas de Modigliani, le projet « Crises et institutions » tente de comprendre comment le développement du modèle FRB-MIT le force à penser les intermédiaires financiers. Pour Solow, la question du rapport au fait ou du « réalisme », notion par ailleurs bien difficile à cerner, est au cœur de l'opposition entre la bonne et la mauvaise macro-économie. Cette question brouille également fortement le clivage introduit par De Vroey car la macro-économie impose toujours une démarche empirique alors que la tradition walrassienne (au moins telle qu’il la présente) ne s'intéresse pas tellement à la confrontation de la théorie aux faits.

 

 

Modalités de mise en œuvre : 

Le séminaire « H2M » sera poursuivi afin de permettre aux membres de ce projet de recherche redéfini de discuter collectivement de leurs recherches et de confronter celles-ci au regard de collègues extérieurs à PHARE. 

 

 

Un projet de collaboration avec le Brésil (Projet CAPES-COFECUB) a été déposé, qui implique plusieurs chercheurs de PHARE (M. Assous et A. Dupont-Kieffer) : son objet est de contribuer au renouvellement de l’histoire de la science économique dans la période qui s’étend de la seconde guerre mondiale aux années 1980. L’image de la science économique diffusée dans les manuels et par les praticiens de la science économique eux-mêmes a été remise en cause dans une série de contributions récentes en histoire de la pensée économique. Celles-ci ont montré que, sous l’effet de la seconde guerre mondiale puis de la guerre froide, des pratiques nouvelles de la science économique ont émergées aux Etats-Unis et se sont progressivement répandues au niveau mondial (recours aux modèles, exploitation de données notamment). Comprendre ces changements impose de recourir à des problématiques et des concepts empruntés à l’histoire des sciences mais aussi d’accéder à des fonds d’archives de plus en plus riches et à utiliser des outils bibliométriques. Les chercheurs qui sont réunis dans le cadre de ce projet ont participé à cette dynamique et comptent aller plus loin en développant un réseau actif au niveau international et en formant de jeunes chercheurs capables de prolonger le travail déjà effectué.

 

 

Enfin, un autre projet est en cours, intitulé « Macroeconomics History Project », centré sur l’après seconde guerre mondiale et piloté par Marcel Boumans. Ce projet qui implique A. Dupont-Kieffer, a donné lieu à un premier workshop en avril 2017, un autre étant programmé en 2018. 

Responsable du projet :

Ariane Dupont-Kieffer

Informations et contact :

Opens window for sending emailAriane Dupont-Kieffer

 

Membres statutaires du projet :

Recrutement en histoire de la macro-économie (septembre 2018)

 

Chercheurs associés :

Sylvie Diatkine

Régis Servant

 

Doctorants :

 

Adriano Calcagno

Marie Daou

Paul Fourchard

Michaël Gaul

Léon Guillot

Sonia Manseri

Ecem Okan

Yara Zeineddine

 

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