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PHARE » Le laboratoire » Présentation

Institutions, règles et coordination dans la pensée économique

 

Si la crise économique, et la crise que traverse la théorie économique aujourd’hui, ont remis sur le devant de la scène les analyses de type institutionnaliste et plus largement les réflexions sur les institutions, l’histoire de la pensée économique occupe une place de choix dans la reconstruction de ce champ d’analyse. C’est que la réflexion sur les institutions traverse tous les champs de la pensée économique, et pas seulement les théories qui se réclament explicitement institutionnalistes, puisque, simples « règles du jeu » (North),  « systèmes de règles sociales » (Hodgson) ou « habitudes mentales (Veblen), choisies ou spontanées, juridiques ou informelles, les institutions, en permettant de structurer l’information et d’anticiper les actions des autres, sont nécessaires à l’action, la communication et, surtout, à la coordination des décisions décentralisées des agents économiques.

L’économie politique est née pour ainsi dire des problèmes posés par la coordination marchande. Or, d’une part, le marché est encastré dans différents types d’institutions (les institutions politiques, juridiques ou monétaires, ainsi que les normes informelles et l’entreprise elle-même) qui contribuent toutes à la coordination des agents. Et, d’autre part, le marché lui-même doit être compris comme une institution. Certains économistes se sont concentrés sur les limites de la coordination par les marchés, en mettant plus particulièrement l’accent sur les « défaillances de marché », et donc en explicitant de nouvelles règles ou institutions qui devraient les contrebalancer.

Ce thème de recherche se divise donc en deux axes. Le premier propose quelques perspectives historiques sur l’analyse des institutions de l’économie marchande comme modes de coordination ; le second se concentre plus spécifiquement sur l’institution du marché et les limites de la coordination marchande dans la pensée économique. Les défaillances des institutions publiques ne sont pas oubliées, mais sont étudiées à l’intérieur de ces deux grands axes. Ce projet thématique de PHARE ne se concentre pas uniquement sur les courants institutionnalistes (anciens ou récents), mais plus largement sur les apports d’auteurs ou de courants d’orientations théoriques diverses sur les institutions de l’économie, les normes informelles, l’entreprise et les marchés monétaires. Il permet ainsi d’analyser des courants plus récents de l’analyse économique et de revisiter les 

Présentation Institutions

Institutions, règles et coordination dans la pensée économique

 

Si la crise économique, et la crise que traverse la théorie économique aujourd’hui, ont remis sur le devant de la scène les analyses de type institutionnaliste et plus largement les réflexions sur les institutions, l’histoire de la pensée économique occupe une place de choix dans la reconstruction de ce champ d’analyse. C’est que la réflexion sur les institutions traverse tous les champs de la pensée économique, et pas seulement les théories qui se réclament explicitement institutionnalistes, puisque, simples « règles du jeu » (North),  « systèmes de règles sociales » (Hodgson) ou « habitudes mentales (Veblen), choisies ou spontanées, juridiques ou informelles, les institutions, en permettant de structurer l’information et d’anticiper les actions des autres, sont nécessaires à l’action, la communication et, surtout, à la coordination des décisions décentralisées des agents économiques.

 

L’économie politique est née pour ainsi dire des problèmes posés par la coordination marchande. Or, d’une part, le marché est encastré dans différents types d’institutions (les institutions politiques, juridiques ou monétaires, ainsi que les normes informelles et l’entreprise elle-même) qui contribuent toutes à la coordination des agents. Et, d’autre part, le marché lui-même doit être compris comme une institution. Certains économistes se sont concentrés sur les limites de la coordination par les marchés, en mettant plus particulièrement l’accent sur les « défaillances de marché », et donc en explicitant de nouvelles règles ou institutions qui devraient les contrebalancer.

 

Ce thème de recherche se divise donc en deux axes. Le premier propose quelques perspectives historiques sur l’analyse des institutions de l’économie marchande comme modes de coordination ; le second se concentre plus spécifiquement sur l’institution du marché et les limites de la coordination marchande dans la pensée économique. Les défaillances des institutions publiques ne sont pas oubliées, mais sont étudiées à l’intérieur de ces deux grands axes. Ce projet thématique de PHARE ne se concentre pas uniquement sur les courants institutionnalistes (anciens ou récents), mais plus largement sur les apports d’auteurs ou de courants d’orientations théoriques diverses sur les institutions de l’économie, les normes informelles, l’entreprise et les marchés monétaires. Il permet ainsi d’analyser des courants plus récents de l’analyse économique et de revisiter les apports des auteurs plus anciens aux réflexions contemporaines sur les institutions et la coordination qu’elles assurent ou n’assurent pas.

 

1. Les institutions de l’économie marchande

 

L’entreprise est généralement étudiée par les économistes comme une institution spécifique permettant un mode de coordination alternatif au marché, et posant les questions des raisons de son existence, de ses frontières et de son organisation interne. On reviendra d’abord sur la question préalable des raisons de l’existence de la firme, en étudiant la réponse de Hayek à cette question et en la comparant avec celle de Coase. On approchera ensuite les théories de l’intégration verticale sous un angle particulier : leur utilisation du célèbre exemple de l’acquisition du carrossier Fisher Body par General Motors en 1926. Par ailleurs, on montrera que la théorie des parties prenantes, qui revendique une conception de la firme comme entité (Moore, Biondi, Kergoat), ainsi que la théorie principal-agent (Jenson & Meckling), qui envisage au contraire la firme comme nœud de contrats, se nourrissent de la théorie des coûts de transaction, ce qui implique une conception fondamentalement commune des rapports économiques en général. Enfin, d’un point de vue historique, on examinera les étapes de la mutation du travail des hauts dirigeants (vers une spécialisation dans la gestion purement financière), notamment à travers l’évolution de la comptabilité d’entreprise (Johnson & Kaplan) depuis la formation des premières firmes multi-divisionnaires aux USA.

 

Les normes informelles sont diverses et ce projet aborde trois courants théoriques traitant de ces normes. Premièrement, l’histoire de l’analyse récente du rôle des normes informelles dans le fonctionnement des échanges marchands étudie les développements récents du courant Droit et Economie, en particulier vers l’économie expérimentale. Deuxièmement, l’histoire de l’économie des réseaux sociaux, qui se concentre sur les réseaux de relations non-économiques qui pré-existent aux échanges économiques, permet de mettre au jour le croisement entre certains concepts issus de la sociologie structuraliste contemporaine et de la théorie de l'équilibre général de Debreu. Enfin, il s’agit de mettre en lumière un courant libéral qui se dessine en France comme en Angleterre au XIXème siècle et qui théorise le besoin de penser et développer une responsabilité sociale de la classe industrielle : à partir de travaux réalisés par des économistes (Marshall) comme des sociologues (Tocqueville, Le Play) il semble ainsi possible d’esquisser une histoire de la Responsabilité sociale des Entreprises (RSE).

 

Une question liée qui se pose est celle du type d’économie : planification, économie de marché (laquelle ?) ou autre. Cette question sera abordée dans l’étude de deux courants théoriques distincts. D’une part, chez Hayek et Buchanan, la question de la comparaison des systèmes économiques est traitée selon différents critères d’efficacité qu’il s’agit de comparer afin de montrer la proximité de leurs théories de l’émergence des institutions. D’autre part, chez Rawls, les institutions économiques et sociales adéquates, jugées suivant leur capacité à mettre en place des principes de justice améliorant les conditions des plus défavorisés dans la société, ne sont pas compatibles avec le système capitaliste du laissez-faire et de l'Etat providence.

 

L’histoire de la pensée des institutions juridiques est d’abord abordée par l’étude de deux « précurseurs » du courant Droit et Economie, Smith et Bentham. Il est courant d’opposer Smith et Bentham comme une opposition entre les principes de « l’harmonie naturelle et de l’harmonie artificielle des intérêts » (Halevy). On aura l’occasion de montrer que l’artifice politique est présent chez Smith (comme il l’était chez Hume) est qu’il joue un rôle non négligeable dans la coordination des intérêts, quoique d’une façon radicalement différente de celle qui sera envisagée par Bentham. Concernant Bentham, si Posner s’y réfère parfois comme l’un des auteurs ayant eu l’intuition de ce qui allait par la suite devenir central au sein du courant Droit et Economie – l’application du principe de rationalité au domaine de la législation – il le critique cependant pour en avoir tiré des conclusions interventionnistes. La diversité du courant Droit et Economie qui s’est ensuite développée incite alors à revenir sur la pensée benthamienne. Ensuite, en s’appuyant sur les écrits de Ronald Coase, un des fondateurs du courant Droit et Economie moderne, on examinera le rôle du juge.

 

Les institutions monétaires et financières sont étudiées dans le cadre du thème « marchés monétaires » qui se propose de rassembler des recherches portant sur le rôle de ces derniers comme marché spécifique de la liquidité bancaire. Est alors posée la question de savoir de quelle façon, selon les auteurs du passé, ces marchés monétaires (et donc leurs défaillances) ont  rendu nécessaire leur centralisation (la banque centrale).

 

2. Les échecs de la coordination marchande

 

Le second axe de ce projet thématique est consacré à l’histoire de l’analyse économique des échecs de la coordination marchande.

 

On reviendra ici sur ce qu’on a appelé les défaillances de marché, en particulier les externalités, les biens collectifs et les monopoles naturels. Ces différents problèmes font état du même paradoxe : bien qu'identifiés très tôt, leur définition conceptuelle a été longue et difficile. Les solutions données à ces problèmes et leurs modes de financement sont toujours discutés parmi les économistes. On se penchera en particulier sur les réflexions de certains économistes sur des marchés particuliers posant ces types des problèmes.

 

Les biens collectifs et les monopoles naturels : Les questions du financement et de l'exploitation de ces types de bien seront examinées en se penchant sur un auteur particulier, Jules Dupuit. On montrera en particulier que, si celui-ci considère que les chemins de fer relèvent d'un monopole naturel, il affirme que cette caractéristique n'est pas suffisante pour justifier l'intervention de l'Etat.

 

En ce qui concerne les externalités, c’est en particulier l’histoire de l’analyse économique de leur résolution décentralisée qui nous intéressera, que ce soit par des échanges monétaires (« théorème de Coase ») ou des normes ; on mettra ainsi en avant les types d’institutions requises qui facilitent ces modes de résolution. On étudiera également, dans les travaux de Pigou, à la fois comment le chômage résulte de défaillances du marché du travail et peut être lui-même considéré comme une externalité négative pour l’économie dans son ensemble.

 

Dès ses débuts, la théorie des jeux a orienté la modélisation des marchés sur la base des comportements stratégiques des agents, l’équilibre de Nash ayant vocation à coordonner les  stratégies. Cette nouvelle perspective a, non seulement, mis en évidence la possibilité théorique d’équilibres sous optimaux, mais elle a également mis en évidence la fréquence des cas où coexistent plusieurs équilibres, entre lesquels la théorie des jeux ne fournit pas d’instrument analytique permettant d’arbitrer. De telles situations se traduisent par  une lacune de coordination qui, dans le cas des marchés, s’interprète comme une figure de « market failure ». Sur cette trame générale, des travaux plus récents, principalement appliqués aux marchés financiers, ont permis de dégager plusieurs ressorts de ces situations, en termes d’information, d’organisation et de déformation des réseaux de communication, et de comportements. Nous nous interrogerons sur les mérites et les limites d’une explication des échecs des marchés  par des défauts de coordination, mis en évidence et étudiés par les jeux de coordinations.

Informations et contact :

Opens window for sending emailElodie Bertrand

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